11 déc. 2025
Sur combien d’eau skiez-vous ?
Chutes de neige et vacances de Noël en ligne de mire, les stations se préparent à accueillir leurs premiers skieurs, modulo…eau.
Combien de litres d’eau faut-il sous nos spatules pour ne pas râcler les cailloux ? La question mérite d’être posée, alors qu’il est de plus en plus difficile d’obtenir naturellement une bonne couche de neige pendant 4 à 5 mois.
Maintenir le manteau neigeux nécessite beaucoup d’eau…
30cm de neige : c’est l’épaisseur minimale qu’il faut pour pouvoir skier
50 à 100 litres d'eau pour produire 1m3 de neige fraîche. Soit environ 1050m3 d’eau pour une piste de ski de 1km de long et 50m de large
5 à 10 fois plus pour produire 1m3 de neige artificielle. Soit environ 7500 m3 d’eau pour une piste de ski entièrement artificielle ⇔ 3 piscines olympiques
En moyenne, les stations de ski françaises prélèvent 3000m3 d’eau par hectare de piste pour maintenir un manteau neigeux adapté.
Au total, entre 20 et 25 millions de m3 seraient prélevés chaque année dans les Alpes Françaises, soit la consommation en eau potable d’une ville de + de 400 000 habitants.
…et peut impacter les équilibres hydriques du territoire
30% de l’eau utilisée pour la production de neige artificielle peut être perdue par évaporation générant un déficit à local.
En juillet dernier, le Tribunal Administratif de Grenoble a annulé le projet de retenue collinaire de 148 000 m3 de la ville de La Clusaz, destinée aux deux tiers à l'enneigement artificiel des pistes de ski et le reste à l'eau potable. Le motif : absence de raison impérative d'intérêt public majeur.
Si la fabrication de neige est encadrée par la loi, des associations souhaitent que soient mieux pris en compte les impacts des prélèvements sur des territoires de plus en plus stressés par le changement climatique :
sécurisation de réserves suffisantes pour soutenir les étiages, la production d’eau potable, l’irrigation ou l’hydroélectricité
contrôle de la qualité des eaux utilisées pour s’assurer de ne pas contaminer des zones de captage lors de la fonte
etc…
Mesurer l’eau reste la clé pour aider un secteur à opérer sa transition
Produire de la neige artificielle coûte cher : 2,5€/m3. Tous les acteurs ont donc intérêt à produire la bonne quantité de flocons au meilleur moment.
C’est le sens du Plan de sobriété hydrique des Domaines Skiables de France signé en avril dernier. Objectif : -10% de prélèvements d’eau d’ici 2030 par rapport à l’hiver 2016/2017 sur 2 volets majeurs : la neige artificielle et les autres usages internes.
Pour atteindre ces objectifs, le plan met l’accent sur la nécessité de doter les domaines skiables d’instruments de mesure pour ajuster la production en temps réel en fonction des conditions hydroclimatiques et de la fréquentation, de systèmes pour ralentir l’eau et favoriser son infiltration, d’un plan de formation dédiée à la gestion économe du manteau neigeux.
Plus globalement, c’est une démarche transparente et participative qui est encouragée pour assurer un partage juste de la ressource.
Premier rapport d’avancement est prévu pour février 2027
Compter pour mieux gérer l’eau, offre l’opportunité aux acteurs du tourisme hivernal de gagner un peu de temps pour trouver un avenir à une activité économique centrale : 120 000 emplois directs ; 10 milliards d’euros de retombées.
🌐 L’actualité de l’eau en bref
60% des besoins en eau potable couverts par le dessalement : c’est l’ambition affichée par le Maroc, tandis que la part du dessalement dans la production nationale d’eau potable serait aujourd’hui de 25%. Des investissements massifs dans des usines fonctionnant à l’énergie solaire sont engagés pour soutenir une agriculture exportatrice fragilisée par des sécheresses dramatiques. Si Rabat s’engage à alimenter toutes les nouvelles usines via des énergies renouvelables, rien n’est en revanche précisé sur la gestion des saumures : une bombe environnementale en suspens.
En Chine, le reboisement redistribue le cycle de l’eau : l’évaporation, la transpiration des plantes et les précipitations sont les 3 processus qui permettent un déplacement de l’eau entre les continents. En reboisant massivement pour ralentir la dégradation de ses terres, la Chine a modifié son cycle de l’eau. La couverture végétale, puisant dans l’eau pour croître et la restituant en “transpirant” aurait conduit à un épuisement de l’eau douce disponible localement mais à des pluies plus abondantes sur le plateau tibétain.
+5% de droits de douane supplémentaires : c’est la menace de Donald Trump envers Mexico pour non livraison des volumes d’eau convenus selon le traité de 1944 sur le partage des eaux du Rio Grande/Rio Bravo. Si des deux côtés de la frontière, la sécheresse met à rude épreuve les terres agricoles, le WWF estime que 52 % de l'eau prélevée dans le Rio Grande est consommée de manière non durable. Au Texas, fief républicain, les agriculteurs ont perdu 500 millions de dollars en 2024 en raison du manque d'eau pour l'irrigation. Un argument politico-économique qui risque de rendre les négociations particulièrement difficiles.
Comme de coutume, n'hésitez pas à nous dire si cette newsletter vous a plu et si vous souhaitez creuser un sujet en particulier. À la semaine prochaine ! 😉



