15 janv. 2026
PFAS interdits au 1er janvier 2026 : les entreprises sont-elles prêtes ?
Depuis le 1er janvier, il est interdit de fabriquer, d’importer et d’exporter tout produit cosmétiques, farts (revêtement sous les skis), vêtements, chaussures et imperméabilisants contenant des PFAS. 1ère étape avant une interdiction étendue à tous les textiles au 1er janvier 2030. Le défi majeur pour les filières de la cosmétique et de l’habillement : supprimer des substances massivement utilisées dans leurs produits, sans compromettre leurs performances et faire exploser les prix.
Rappel :
PFAS : substances per- et polyfluoroalkylées, sont des composés chimiques utilisés pour leurs propriétés antiadhésives, imperméabilisantes ou résistantes à la chaleur.
Pourquoi sont-ils dangereux ? Ils ne se dégradent presque pas et s’accumulent dans les organismes, avec de multiples impacts sanitaires : cancérigènes, neurotoxiques, reprotoxiques etc…,
Nos eaux sont-elles contaminées ? Oui, mais pour une grande partie du territoire, en dessous des seuils réglementaires, qui font actuellement débat…
Où en sont nos industriels ?
Malgré un réel engagement des fédérations professionnelles, tous n’ont pas réussi à tenir les délais compte tenu des investissements massifs en RxD nécessaires pour développer des substituts performants.
Cosmétique
Usage important des PFAS pour conférer aux produits une texture plus onctueuse, des couleurs plus intenses et des effets imperméabilisants.
Stratégie mise en place pour tenir les délais ? L’Oréal a par exemple anticipé la réglementation dès 2018 et recouru massivement à la RxD pour trouver un substitut spécifique pour chaque PFAS (combinaison de cire, corps gras minéraux).
Résultat : 100% des produits concernés reformulés sans PFAS
Textile outdoor
Usage principal des PFAS pour leurs propriétés déperlantes.
Stratégie mise en place pour tenir les délais ? Structuration de partenariats entre grandes marques, fournisseurs et laboratoires indépendants pour trouver calculer les concentrations de PFAS présents dans les produits et tester l’efficacité de substituts sans fluor.
Résultat : un leader, Patagonia. Après 15 ans de RxD, 99 % de ses textiles déperlants sont fabriqués sans ajout de PFAS.
Cependant, la route est encore longue pour la plupart des acteurs. L’Institut Français du Textile et de l’Habillement reconnaît que la recherche de substituts est particulièrement complexe, intensive en ressources humaines et financières, à l’image du projet DperflexII qui s’inspire des propriétés hydrophobes des feuilles de lotus ! Parmi les projets de RxD portés par ce centre technique, aucun ne semble avoir atteint une performance technico-économique comparable à celle des PFAS.
Qu’en est-il de la participation des industriels au financement de la dépollution ?
+25% à +200% c’est le surcoût prévisionnel pour les services publics de l’eau. La question centrale reste : qui paye ?
À date, une seule taxe est prévue, limitée aux Installations Classées Pour la Protection de l’Environnement (ICPE) : 100€/100g rejetés. Une disposition issue de la loi de février 2025, mais toujours pas en vigueur.
Or, l’assiette d’entreprises émettrices est bien plus large que les seules ICPE, en attestent les contentieux de plus en plus nombreux entre entreprises et collectivités.
Une filière Responsabilité Elargie du Producteur (REP) pour l’eau, une solution de financement ?
À ce jour, ni la France ni l'UE ne disposent d’une filière REP dédiée à l’eau.
Cependant, bien calibrée, elle permettrait de faire contribuer l’ensemble des industriels émetteurs aux surcoûts de dépollution.
Pour quelle part ? Sujet explosif entre Bruxelles et les secteurs pharmaceutiques et cosmétiques .
🌐 L’actualité de l’eau en bref
Sécheresse pour les uns, renaissance pour d’autres :
le Maroc respire. 46 % de taux de remplissage des barrages grâce aux pluies hivernales, après 7 ans de sécheresse aux conséquences dramatiques pour l’agriculture. Ce répit soulage le secteur agricole mais reste ponctuel et ne remet pas en cause l’objectif stratégique du pays : produire 60 % de son eau potable via des usines de désalinisation.
Ankara (Turquie)sombre. Le taux de remplissage des barrages de la ville est tombé à 1,12%, les robinets sont coupés plusieurs heures par jour.
Géopolitique : “accord pétrole contre eau” entre l’Irak et la Turquie. L’Irak accepte de réinvestir ses revenus issus de ses ventes de pétrole à la Turquie dans la construction d’infrastructures hydrauliques réalisées par des entreprises turques. Un deal pétro-hydraulique comme solution aux tensions autour de la ressource entre les 2 pays, l’Irak dépendant à 70% des eaux de ses pays voisins, notamment du Tigre et de l’Euphrate qui prennent leur source… en Turquie.
Qualité de l’eau en France : depuis le 12 janvier 2026, les 20 PFAS réglementés au niveau européen sont intégrés aux contrôles sanitaires de routine de l’eau potable. Le seuil à ne pas dépasser : 0,1µg/L pour la somme des 20 PFAS. Cependant les seuils et la listes des PFAS contrôlés font débat. Le Haut Conseil à la Santé Publique appelle à une limitation à 0,02µg/L pour la somme des 4 PFAS les plus préoccupants et l’ANSES préconise d’ajouter le TFA (PFAS issu de pesticide), présent dans 92% de nos eaux, aux contrôles de routine. Un durcissement de cette réglementation conduirait à des interdictions de consommation d’eau potable majeure sur l’ensemble du territoire, potentiellement pour ⅓ de la métropole Lilloise !
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