7 janv. 2026
La Belgique face au stress hydrique extrême, mythe ou réalité ?
100 ans. Le 31 décembre 1925, Liège se retrouvait sous 1,30 mètre d’eau, subissant l’une des plus grandes inondations de son histoire. Dans l’imaginaire collectif, la Belgique est un pays où il pleut beaucoup. C’est vrai. Et pourtant, la Belgique est aujourd’hui le 18ᵉ pays le plus stressé hydriquement au monde, au même niveau que le Chili. Alors, où passe toute cette eau de pluie ?
Rappel : selon le World Resource Institute (WRI) le stress hydrique correspond à la part de l’eau renouvelable prélevée par rapport à l’eau douce disponible.
Une pluviométrie similaire à la France et pourtant…
+80% des ressources en eau disponibles en Belgique sont prélevées chaque année pour satisfaire les besoins du territoire.
Sur 30 ans (1990-2020), le volume annuel moyen de précipitations en Belgique est similaire à celui de la France (avec de grandes disparités territoriales dans les 2 pays)
Pourtant, le niveau de risque hydrique en Belgique est de 4,4/5 quand il est de 1,9/5 en France. Pourquoi ?
Un stockage historiquement faible
La Belgique s’approvisionnait majoritairement en eau de surface (cours d’eau) : 88,5% des prélèvements en 2010
Le territoire est très urbanisé, les sols artificialisés et donc imperméables
Pour éviter de potentielles inondations, drainage et d' évacuation vers la mer étaient les maîtres mots de la politique de gestion de l’eau
Conséquences : les sols belges ne retiennent pas l’eau.
Des prélèvements importants
Un Belge (96L/j) ne consomme pas plus d’eau qu’un Français France (100L/j), en revanche, la densité de population est 3,6 fois supérieure à celle de la France
À elles seules, le refroidissement des centrales électriques et l’industrie représentent 80% des prélèvements.
Une eau très polluée
L’industrie manufacturière, activité économique la plus importante du pays est à l’origine d’une forte pollution chimique (taux de PFAS extrêmes dans les Flandres)
La Belgique est le 2ème pays de l’UE qui utilise le plus de pesticides à l’hectare, 1,5 fois plus que la France, générant une pollution aux nitrates importante
Une gouvernance complexe source de tension
La Belgique est un État fédéral et la compétence de l’eau est régionalisée. La Wallonie, riche en nappes phréatiques, redirige 30% de ses prélèvements vers les 2 autres régions, la Flandre et Bruxelles, dépendantes des eaux de surfaces beaucoup plus sensibles au changement climatique.
La sécheresse de 2020 a fait peser sur le pays de vives tensions autour du partage des eaux souterraines. La Flandre agricole et industrielle privée de ses eaux de surfaces, revendiquant un accès privilégié aux nappes limitrophes de la Wallonie.
cadre européen a facilité les choses ! mais difficilement applicable (épinglé par l’UE)
Depuis 2020, une priorité politique assumée
2020 marque un tournant. Avec le soutien de l’UE, les trois régions lancent successivement des “Blue Deal
En Flandre : la priorité est mise sur la restauration des zones humides pour infiltrer un maximum d’eau dans le sol et à la lutte contre les intrusions salines côtières.
En Wallonie : suite aux inondations meurtrières de 2021 le pays a mis l’accent sur la prévention, le monitoring des cours d’eau et sur la qualité de l’eau.
À Bruxelles, territoire zone extrêmement urbanisée, la désimperméabilisation devient l’axe central.
Pollution : la Directive Européenne de 1991 a contraint le pays à opérer un rattrapage historique en termes de gestion des eaux usées. En 4 ans, la part de la population raccordée à un système de traitement des eaux usées est passée de 40 à 80% (niveau de la France).
Malgré ses efforts, la Belgique n’est toujours pas au niveau concernant la qualité de l’eau. En décembre dernier, la Commission européenne a engagé une procédure d’infraction contre la Belgique pour non conformité à la directive européenne relative à l’eau potable.
Conclusion : la Belgique ne manque pas vraiment d’eau. Elle manque de stockage, de qualité, et d’une gouvernance simplifiée. Un paradoxe hydrique structurel, aggravé par la densité humaine, l’intensité industrielle et l’héritage de décennies de gestion tournée vers l’évacuation plutôt que la rétention.
🌐 L’actualité de l’eau en bref
Que s’est-il passé pendant vos vacances ?
Affaire Nestlé Waters : un sursis de 24 mois accordé par le préfet du Gard permettant au de continuer à exploiter deux forages dédiés à la production de Perrier. Autorisation “curieuse” puisque ces eaux extraites, censées être "pures à la source", sont, selon la cellule investigation de Radio France, régulièrement contaminées et traitées…en contradiction avec la réglementation encadrant les eaux minérales naturelles
Multiplication des cyber attacks - Les réseaux d’eau sous pression : aux Etats-Unis, en Roumanie ou en Angleterre, les gestionnaires de l’eau remontent une intensification des intrusions de leurs systèmes informatiques. À date, aucune altération des outils opérationnels de distribution et de contrôle de la qualité de l’eau n’a été recensée. Conséquence : les réseaux d’eau sont désormais classés comme infrastructures critiques en matière de cybersécurité.
Inondation en Indonésie, la déforestation grande coupable : les pluies torrentielles qui se sont abattues sur l’Asie du Sud d’Est n’auraient pas été aussi meurtrières si les forêts avaient été là. La déforestation massive pour favoriser l’extraction minière et l’agriculture a profondément déstructuré les bassins versants privant les forêts et les sols de leur rôle d’éponge naturelle face aux pluies extrêmes.
Cadeau de Noël…de l’eau dans les PO ! On peut se réjouir de voir de l’eau tomber dans les Pyrénées orientales, département en état de crise hydrique depuis plus d’un an. Cependant, le schéma classique de pluies abondantes sur sols secs a conduit à des inondations importantes. Tout se joue dans les 3 prochains mois. Si les sols restent humides et que les pluies reviennent, la recharge effective des nappes phréatiques en zones critiques pourra s’opérer.
Avant de vous laisser, nous souhaitions vous adresser nos meilleurs vœux pour ce nouveaux millésime 2026 et vous annoncer que nous recrutons !



