Nov 27, 2025
Clémentines de Corse, d’Espagne, du Maroc, avec quelle eau magique ces fruits sont-ils produits ?
Des clémentines juteuses cette année, comment est-ce possible ? Une question qui mérite d’être posée alors que nos étalages se remplissent de ces agrumes d’Espagne, du Maroc et de Corse, zones où les niveaux de stress hydriques atteignent des sommets.
Les clémentines ont besoin de…beaucoup d’eau
En moyenne 450 et 550 L d’eau pour produire 1kg de clémentines (source Water footprint network) pour une teneur en eau dans le fruit autour de 85% (86,9% pour la clémentine corse)
Les territoires emblématiques de production, ont-ils encore assez d’eau ?
Certaines années seulement, mais la tendance est clairement non.
Corse :
-30% de production attendue en 2025, due à de fortes chaleurs lors de la phase cruciale de nouaison (formation du fruit).
Les clémentines sont majoritairement cultivées dans la plaine orientale entre Porto Vecchio et Bastia, connue pour son sol presque “océanique”, avec climat tempéré, une pluviométrie et hygrométrie élevées.
La situation hydrologique de cette zone, autrefois épargnée, inquiète les autorités. Aujourd’hui, la Haute Corse est toujours en vigilance sécheresse.
En Espagne
80% des clémentines sont produites dans la région de Valence
5 années consécutives de baisse de production (CIRAD)
L’eau arrive au mauvais moment et dans des quantités inadaptées. En 2024, les pluies diluviennes avaient conduit à une pourriture des fruits, et une baisse des arrivages de 60% en France.
Au Maroc
la production de clémentines est concentrée autour de Berkane, dans le Nord Est du pays dans le bassin de l’oued Moulaya ;
7 ans de sécheresse, mais une production annoncée relativement stable pour 2025, au prix d’une irrigation fortement controversée.
Peut-on continuer à produire dans ce contexte ?
La réponse : oui mais pas autant et autrement.
En Corse, les agriculteurs en partenariat avec l’INRAE, misent sur l’enherbement des vergers, pour maintenir l’humidité au sol, la conduite de stress hydrique (sous-irrigation par rapport au besoin), l’étalement des récoltes et l’innovation variétale. Même avec cela, certains agriculteurs choisissent la diversification des cultures pour réduire les risques.
L’Espagne, 25 % des exportations mondiales, ne pourra pas maintenir ce rythme sans générer des conflits. Même en misant sur le dessalement et le transfert d’eau entre bassins, un équilibre entre tous les usagers semble inconcevable dans une région où l’agriculture représente 88 % des usages d’eau.
Au Maroc, les plans de rehaussement des barrages, la mise en place de stations de dessalement et la prospection de nouvelles nappes phréatiques , rencontrent déjà de vives oppositions.
À retenir :
Des milliards de litres d’eau exportés : la clémentine, fruit d’exportation, entraîne un transfert massif d’eau depuis des pays en déficit.
L’eau et l’emploi sous tension : les exploitations étant concentrées dans des zones pédoclimatiques très précises, les besoins en irrigation et la fluctuation des récoltes mettent en tension à la fois la ressource et l’emploi local.
La nécessité de compter l’eau : cartographier les besoins en eau de chaque territoire et pour tous les usages est indispensable pour construire des stratégies hydriques socialement, environnementalement et économiquement soutenables.
🌐 L’actualité de l’eau en bref
Fin de l’obligation de vidange annuelle des piscines ! La fréquence des vidanges sera désormais adaptée à la qualité réelle des eaux. Bonne nouvelle, quand on sait que la vidange annuelle représente plus de 10 % de la consommation d’eau d’une piscine municipale.
Guerre et sécheresse, double peine pour la Syrie : avec une pluviométrie inférieure à 30% à la normale, des terres agricoles polluées et transformées en terrains vagues par la guerre, la Syrie ne pourra pas subvenir aux besoins alimentaires de sa population. 14 millions de Syriens seraient en situation d’insécurité alimentaire, dans un pays autrefois véritable grenier à blé. C’est l’approvisionnement en eau de l’ensemble du territoire qu’il faut réorganiser de façon urgente et sans épuiser les ressources souterraines.
La REUT (réutilisation des eaux traitées) au format “station service” : la Métropole de Toulouse déploie un dispositif inédit permettant d’alimenter les services municipaux en eau usée traitée pour l’arrosage des espaces verts, le nettoyage des voiries ou certains réseaux. Une avancée notable, à condition d’éviter tout effet rebond : même si la REUT réduit localement la pression sur l’eau potable, la sobriété doit rester la règle numéro 1.
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